Autour du débat "Vie privée", les TIC et l'Ethique: alliance ou conflit ?

20.11
retour
cover

Le numérique règne sur nos vies, il a envahi nos bureaux, nos poches, nos voitures, nos murs, nos corps. Les algorithmes gouvernent nos actions et servent de référence à nos dirigeants pour conduire nos sociétés, prédisant nos comportements.
Face à ces changements, nous nous posons des questions : la digitalisation c'est l'homme libéré des contraintes de l'espace, du temps et des contraintes sociales, c'est l'homme ouvert aux dimensions du monde et capable de s'y faire entendre, c'est l'homme augmenté dans ses performances, dans ses gênes, c'est l'homme cloné ; mais c'est également l'homme épié, contrôlé, réduit à son profil, transparent face à une technologie, non transparente, prévisible, normalisée.

Quelle éthique développer? Comment retrouver la maîtrise de notre environnement numérique? Il nous apparaît nécessaire de sortir d'une approche individualiste fondée sur l'illusion d'une maîtrise individuelle de l'individu sur ses données. La solution ne peut être que collective. Il faut repartir de la conception de la vie privée défendue par la jurisprudence du Conseil de l'Europe qui envisage l'ensemble des conditions nécessaires pour que l'homme puisse définir son identité. Cette conception de la vie privée est à rapprocher de celle défendue en économie par A. SEN. Elle renvoie à des réflexions de justice sociale, de dignité et de non-discrimination, elle suppose le droit des personnes de se retirer comme celui de participer à la vie collective et de nouer des relations avec autrui en toute confiance (et donc en toute transparence des acteurs et des algorithmes).

Cette approche a des implications sur nos choix technologiques. Elle suggère un débat public et instruit sur les technologies (Technology Assessement) et sans doute dans la mesure où le digital constitue notre environnement, l'application du principe de précaution, cher au droit de l'environnement.

Docteur en droit de l’Université catholique de Louvain, Yves Poullet est professeur à la Faculté de droit de l’UNamur et de l’Université de Liège (Ulg). Il a été, de 2010 à 2017, recteur de l’Université de Namur. Directeur du CRID depuis sa création en 1979 jusqu’en 2010, il a supervisé les recherches dans le domaine des nouvelles technologies, plus particulièrement en matière de vie privée, des libertés et société de l’information, d’Internet et de la gouvernance. Il a été pendant 12 ans membre de la Commission de la Protection de la Vie Privée. De plus, il a fait partie du Legal Advisory Board de la DG INFOSOC. Il a présidé la Commission «Accès à l’information». Il est fondateur du Forum Européen des Télécoms, ECLIP et FIRILITE. Il est aussi à l’origine de l’ABDI (Association Belge de Droit de l’Informatique). Président de la Revue du Droit des Technologies de l’Information (RDTI), il est également expert auprès de l’UNESCO, de l’OCDE, du Conseil de l’Europe et Membre de l’Académie Royale des Sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.

Organisé par la Chaire Éthique et Innovation de l’Université Catholique de l’Ouest.

Organisé par :